La mode est depuis quelques annĂ©es aux prĂ©sentations rĂ©capitulatives de l’annĂ©e Ă©coulĂ©e, que ça soit sur les plateformes de streaming musical ou de jeux vidĂ©o, par exemple. Si cela met en Ă©vidence pour tout un.e chacun.e l’amas de donnĂ©es collectĂ©es dans chaque recoin du moindre outil connectĂ© utilisĂ©, il est malgrĂ© tout intĂ©ressant d’avoir cette prise de recul alors qu’on peut avoir du mal Ă  sortir la tĂȘte du guidon. J’ai dĂ©cidĂ© de faire Ă©galement une rĂ©trospective personnelle de 2025 afin d’éviter le blues de la fin d’annĂ©e et d’en considĂ©rer les rĂ©ussites et Ă©checs.

Jeudi 18 dĂ©cembre, il est minuit passĂ©. Alors que je ne trouve dĂ©sespĂ©rĂ©ment pas le sommeil aprĂšs un bout de temps que je suis inapte Ă  quantifier, je dĂ©cide de me relever et de nettoyer ma plaque de cuisson. Puis, me recouchant peu aprĂšs, j’essaye de passer outre le petit coup de mou qui me hante en pensant Ă  des choses positives et c’est lĂ  que me vient cette idĂ©e de faire une rĂ©trospective et de mettre en avant les pas en avant que j’ai rĂ©alisĂ© et qui comptent finalement beaucoup plus que la petite humeur nĂ©gative du jour. 2025 aura Ă©tĂ© une annĂ©e de changements pour moi et d’aboutissement de projets qui auront pris plus de temps de prĂ©vu (classique) - un pied-de-nez pour celles et ceux jugeant que je suis le spĂ©cialiste des projets qui n’aboutissent pas, c’est-Ă -dire moi le premier, bien souvent. Il y a eu des concrĂ©tisations matĂ©rielles, d’autres professionnelles et le reste sera plus personnel. Au final, si je garde un trĂšs bon souvenir de 2025 et que je pense pouvoir humblement la considĂ©rer comme une annĂ©e rĂ©ussie au regard de ce que je voyais pour celle-ci fin 2024, c’est parce qu’elle aura Ă©tĂ© de surcroĂźt trĂšs Ă©quilibrĂ©e et que les rĂ©ussites n’ont pas Ă©tĂ© synonymes de sacrifices ou d’échecs sur d’autres plans.

   

L’ouverture de soi et la rĂ©alisation d’un besoin de changement de carriĂšre

Celles et ceux qui me connaissent et/ou qui ont lu la publication prĂ©cĂ©dente sont au courant que je suis dans une phase de transition professionnelle, Ă  la recherche d’un Ă©quilibre dĂ©licat Ă  trouver et Ă  la satisfaction d’exigences particuliĂšrement Ă©levĂ©es. J’ai rĂ©alisĂ© un bilan de compĂ©tences en ce dĂ©but d’annĂ©e. Si j’ai parfois Ă©tĂ© un peu dubitatif par rapport Ă  ce processus puisque j’avais une assez bonne reprĂ©sentation de mes forces, de mes faiblesses, de mes capacitĂ©s, de ce qui Ă©tait moteur pour moi, de ce que je ne pouvais plus tolĂ©rer, au final le rĂ©sultat aura Ă©tĂ© nettement positif et je n’ai aucun regret d’y avoir consacrĂ© du temps. Cela m’a permis de balayer certaines pistes de reconversion, ou d’engagement dans certains types d’emploi, parfois pour des raisons financiĂšres mais aussi par rĂ©alisme : tout aussi motivĂ© puis-je ĂȘtre sur certains points, je ne pense pas ĂȘtre en capacitĂ© de me relancer dans un cursus scolaire de zĂ©ro ou presque aujourd’hui. Je ressens aussi un net recul du syndrome de l’imposteur, et c’est avec nettement plus de confiance en moi et en mes aptitudes que j’ai postulĂ© Ă  des offres d’emploi qui ne correspondaient pas nĂ©cessairement Ă  mon profil ni mon expĂ©rience, parce que j’étais mieux armĂ© pour dĂ©fendre mes choix, mon parcours et ce que j’en ai tirĂ© Ă  ce jour – cela me rend globalement nettement plus solide sur mes appuis et a jetĂ© un vĂ©ritable pavĂ© dans la mare que j’ai abordĂ© dans ma prĂ©cĂ©dente publication. J’assume bien plus facilement aujourd’hui ce que je suis et cela me permet d’affronter plus facilement l’expĂ©rience trĂšs dĂ©shumanisante qu’est la recherche d’emploi, entre la fausse personnalisation de CV, les nombreuses approches toutes aussi similaires et peu inspirĂ©es les unes que les autres, les entretiens tĂ©lĂ©phoniques durant lesquels on explique toujours la mĂȘme chose pour au final soit entendre de fausses promesses, soit ne jamais avoir de nouvelles. Je ne m’excuse plus d’avoir des standards, de ne plus me plier aux desiderata ridicules de personnes ou structures Ă  qui on a laissĂ© trop de pouvoir et d’autoritĂ© sans juste raison. Par exemple, je ne m’excuse plus de ne pas ĂȘtre synthĂ©tique : il y a toujours une raison pour laquelle je suis prĂ©cis et si cela agace que je prenne du temps Ă  bien poser les choses, c’est qu’au final nous ne sommes pas faits pour travailler ensemble – et ce n’est pas grave, il faut de tout pour faire un monde.

Je peux me dire que je suis Ă  un tournant de ma carriĂšre, que j’ai Ă©puisĂ© l’épanouissement que je pouvais en tirer et qu’il Ă©tait donc temps de passer Ă  autre chose, que c’est un besoin lĂ©gitime et que je ne me sens pas Ă  ma place en rĂ©appliquant de schĂ©mas de pensĂ©e plutĂŽt normatifs poussant Ă  ignorer un mal-ĂȘtre certain et une lassitude pour effectuer une grande partie de sa vie au mĂȘme endroit et dans le mĂȘme environnement. L’exercice du bilan de compĂ©tences n’aura pas Ă©tĂ© des plus aisĂ©s puisque j’ai quelque peu l’habitude de ce genre de pratique et par consĂ©quent, la comprĂ©hension de mon fonctionnement par mon interlocuteur.ice me paraĂźt toujours trĂšs superficielle et je rentre systĂ©matiquement dans un comportement oĂč je vois trĂšs bien oĂč est-ce que l’on souhaite m’amener, ce que l’on souhaite que je dise et donc cela joue quelque peu contre moi puisqu’au final cela ne m’aide pas. J’ai rĂ©ussi durant cet exercice Ă  lĂącher un peu prise, accepter d’ĂȘtre mis dans une case un peu grossiĂšre ne respectant pas tous les contours et reliefs de ma personnalitĂ© – pour rĂ©sumer, que cela ne soit pas parfait mais suffisamment juste pour que cela me soit bĂ©nĂ©fique.

Pour en revenir Ă  cette phase de transition, j’ai quittĂ© mon prĂ©cĂ©dent employeur en fin d’annĂ©e. Il Ă©tait nĂ©cessaire pour chacune des deux parties que cette sĂ©paration ait lieu – si une dĂ©mission est souvent mal vĂ©cue car considĂ©rĂ©e comme un Ă©chec ou une attaque personnelle, il est important ici aussi de prendre du recul et de ne rien y voir de personnel. Je n’avais plus envie de travailler pour la structure en question, j’étais dans un Ă©tat de profonde dĂ©motivation et je ne pouvais rien apporter de bon. De surcroĂźt, ĂȘtre dans cette posture est terrible pour le mental et je sentais bien que je commençais de nouveau Ă  glisser durablement dans une sphĂšre nĂ©gative et que le point de rupture approchait ; la dĂ©mission Ă©tait signe de maturitĂ©. Cependant, quitter un poste n’est jamais un exercice facile – l’ayant dĂ©jĂ  fait plus de dix fois, je ne m’y suis jamais fait, mĂȘme lorsque je l’ai souhaitĂ©. Il y a toujours une rupture sociale et relationnelle en sus de l’aspect professionnel, et cette premiĂšre dimension est parfois difficile Ă  digĂ©rer. Mon seul regret est qu’elle soit intervenue tardivement puisqu’il fallait que je trouve un nouveau poste et que la pĂ©riode Ă  la fois calendaire – les vacances scolaires d’étĂ© – et Ă©conomique n’ont pas aidĂ©. Finalement, j’ai acceptĂ© un poste dans un structure dans laquelle j’avais dĂ©jĂ  travaillĂ© en tant que consultant il y a quelques annĂ©es. Je limite donc la prise de risque puisque je connais le contexte, l’équipe, le management et que cela me permet, a priori, d’avancer sereinement pour les annĂ©es Ă  venir, ce que je souhaitais par-dessus tout.

   

Ce n’est que du matĂ©riel, mais…

J’ai dĂ©mĂ©nagĂ© dans mon ancien logement en janvier 2020, Ă  la suite d’une sĂ©paration. J’avais trouvĂ© un appartement qui me plaisait, pour lequel je n’avais pas eu de coup-de-cƓur particulier mais qui Ă©tait proche de mon ancien logement et surtout Ă  toute proximitĂ© d’un bel espace vert et bien desservi par les transports en commun bien qu’à 10 km du centre de la mĂ©tropole dans laquelle je vis. Je pensais que c’était simplement temporaire, j’avais mĂȘme dit lors de l’état des lieux que je comptais de toutes façons partir dans les 6 mois Ă  un an puisque j’avais en tĂȘte de devenir propriĂ©taire. Le tournant pris par l’Histoire n’est plus Ă  raconter mais entre les confinements en 2020 et 2021, des pĂ©riodes professionnelles ainsi que financiĂšres assez malheureuses en 2021 et encore et toujours un certain chaos professionnel en 2022 puis 2023 font que je n’ai jamais pu profiter des taux et des prix relativement bas de l’immobilier. C’est finalement en 2024, aprĂšs un an de stabilitĂ© professionnelle que je me lance dans cette aventure et je deviens finalement propriĂ©taire de mon logement en octobre 2025. Naturellement, il ne fallait pas que tout se passe comme prĂ©vu et j’ai souffert de lenteurs administratives ainsi que de la pĂ©riode estivale qui aura rallongĂ© les dĂ©lais. AprĂšs un peu moins de 6 ans dans un logement que je comptais occuper 6 mois, je vis enfin dans un logement Ă  mon nom.

Bien que financiĂšrement Ă  l’échelle quotidienne – ou plutĂŽt mensuelle – cela ne change pas grand chose puisqu’au lieu de payer un loyer, je paye une Ă©chĂ©ance de crĂ©dit, franchir le pas d’un tel engagement sur 25 ans (sur le papier, certes) confirmant un certain ancrage dans la rĂ©gion et un conditionnement d’un certain niveau de revenus n’a pas Ă©tĂ© aisĂ© et ne s’est pas passĂ© sans son lot de rĂ©flexions, d’angoisses et de remises en question par rapport aux modĂšles imposĂ©s par la sociĂ©tĂ©. J’ai eu peur de perdre ma libertĂ©, une certaine forme d’indĂ©pendance, d’ĂȘtre coincĂ© dans une case sans pouvoir m’en sortir. Mais finalement, rien n’est immuable et dans le grand schĂ©ma des choses cela ne reste que du matĂ©riel et des Ă©critures comptables qui peuvent se dĂ©placer si jamais l’envie pour un projet qui en vaut la chandelle me prend un jour. Maintenant que toute cette partie administrative et procĂ©duriĂšre (devrais-je dire proc-orduriĂšre…) est derriĂšre moi, je suis heureux d’avoir tenu bon et de ne pas avoir jetĂ© l’éponge. J’ai abordĂ© toute cette phase du projet essentiellement seul. J’ai des proches et des ami.e.s, mais pas rĂ©ellement de cercle de soutien sur lequel je pouvais m’appuyer pour m’aider Ă  naviguer cette pĂ©riode durant laquelle j’ai Ă©tĂ© assailli de doutes. Ayant un fonctionnement quelque peu diffĂ©rent des autres, il a toujours Ă©tĂ© difficile pour moi de partager sur ces sujets aux dimensions relativement personnelles.

La grande conclusion de ce projet aura Ă©tĂ© l’épreuve du dĂ©mĂ©nagement. TrĂšs attachĂ© Ă  mon intimitĂ© et au sanctuaire que reprĂ©sente mon « chez moi », j’ai effectuĂ© la grande majoritĂ© du dĂ©mĂ©nagement seul – il est vrai que les deux logements Ă©tant sĂ©parĂ©s d’une paire de centaine de mĂštres, cette courte distance m’a facilitĂ© la tĂąche. Il a fallu que je sois un peu au pied du mur en termes de calendrier et qu’une amie insiste en me forçant quelque peu la main pour que j’accepte de l’aide extĂ©rieure pour ce qui m’était impossible Ă  transporter seul (machine Ă  laver, lit, canapĂ© et quelques autres meubles de salon). ComplĂštement installĂ© depuis un moins de deux mois maintenant, ce projet de longue date menĂ© Ă  bien reprĂ©sente sans aucun doute la victoire phare de 2025, et finalement, du dĂ©but de ma trentaine puisqu’elle dĂ©coule de nombreux jalons franchis depuis un peu moins d’une demie-dĂ©cennie.

   

Rester positif face Ă  la suite

Ces rĂ©ussites Ă©tablissent de nouvelles fondations de vie dans un environnement au sujet duquel j’essaye de ne pas trop angoisser. Dans un monde dans lequel les terres sont empoisonnĂ©es chimiquement pour des dĂ©cennies et oĂč tout le monde n’a pas de toit sous lequel dormir, on assiste Ă  la dĂ©ferlante de la bulle de l’intelligence artificielle – cela n’engage que moi mais une intelligence ne peut pas ĂȘtre artificielle, sans quoi c’est un produit d’une rĂ©flexion existante – avec ses consĂ©quences sociales, Ă©thiques, environnementales et Ă©conomiques dĂ©jĂ  visibles. Au risque de paraĂźtre Ă©goĂŻste, ces victoires individuelles me permettent non pas de moins penser Ă  ces dĂ©faites systĂ©miques mais de pouvoir lutter plus sereinement et de maniĂšre plus engagĂ©e, plus structurĂ©e et rĂ©elle. Je ne sais pas encore ce que 2026 me et nous rĂ©serve, mais grĂące Ă  2025, je me sens plus prĂȘt que jamais Ă  agir Ă  dessein, Ă  faire germer de nouvelles idĂ©es, de nouvelles rĂ©flexions, Ă  solliciter les intelligences naturelles, pour ce, ceux et celles qui me tiennent Ă  cƓur.